Recueil en cours : à la flambée des chemins
DU BOUT DE LA ROUTE
contractions en huit d'infini
l'axiome de la vie
s'écoule d'un corps
douleurs
coule dans un autre corps
douleurs
explose la nuit matrice
faisceaux et points incohérents
*
le regard ordonnera l'incandescence
il faudra des sacrifices
des ploiements de la nature
négocier des miettes de pain
acquérir l'oubli de soi dans l'oubli des autres
faire siennes les connaissances
au poids de toute une civilisation
y fonctionner
*
naître pour disparaître
évanescents
qu'un jour on se saute soi-même à la figure
*
une toile vierge
du bout
des doigts
le canevas ne laisse
aucune impression
masque - colère
sourire étiré
coulées de lave sur des joues sans jour
sans doute des poils
ahurissement de jouissance
froncement de douleur
relâchement de post-soulagement
...l'apaisement
*
voici les pinceaux et la peinture
interchangeables
voici la peinture et les pinceaux
et puisque tu es tridimensionnel
burin, maillet, moule, bronze
pour cette ride
sur l'eau de ton canard
*
sur cette toile
blanche
une tache
nielle impalpable
née de la souffrance
de venir au monde
elle porte en elle
le poids de milliers de générations
atavisme et culture
chocs et contre-chocs
elle porte en elle
ce que tu fuis
et tu la portes en toi
sur ce canevas courbé
par la gravité de vivre
si elle gagne
tu pourras l'appeler
destin
APPRENTI ITINÉRANT
un chemin de croix
avec des stations couchées, assises
à quatre pattes
debout
aucune carte
aucun mode d'emploi
simultaner
apprendre le chemin
apprendre à conduire selon un code de déroute
réapprendre la route vue de tes propres ornières
décoder une signalisation sans pierre de rosette
tourner
tourner en rond
danser sur des rythmes qui ne sont pas dans ton sang
manger tes propres miettes
*
du point A au point B :
hérésie !
tu sauras parfois d'où tu pars
jamais où tu arriveras
avec exactitude
dans quel état
avec qui
pour faire quoi
ni les taches récoltées
ni celles disparues
grises sur la pierre grise
rieuses dans un ruisseau
ou crucifiées sur un arbre
*
tu seras quelque part
hagard
juste content que la journée soit finie
avec un peu de souffle
pour tenter de plier la toile à ce bon port
heureux d'être encore réel
dans une nouvelle réalité
épouse des contours de ton choix
accroché ferme à une ramille
au vent
tributaire de racines bien plus vieilles que toi
LE NOYAU DUR DE LA TENDRESSE
sous le vernis dort le nœud
tourne en rond
à s'ennuyer de sa branche
en jours concentriques
brille la patine de l'attente
l'usure à ne rien faire
la tension agrippe le néant
cerne le cœœur
artères luisantes après la pluie
autour d'un point
les forces s'abattent
enclume à tête d'écume
sur le noyau dur de la tendresse
*
l'onde choque la mer longe deux planètes au pléistocène
volcan
des cendres descendent en capuchon rabattu
la grisaille-cisaille scelle les cils contre l'émeraude
donne un air de cambrioleur au cœœur
le chien hurle hurlera les échos de granit
radeau sur le magma
perfusion en la veine minérale
l'aiguille glisse sur la dérive des sentiments
se casse sur les plaques tectoniques
le temps n'a plus la distance
et la distance n'a plus le temps
scories noires de gris
entre deux planètes
s'est tapi le noyau dur de la tendresse
*
le vent fou virevolte
à la rencontre de deux atmosphères
deux couleurs de ciel
l'astre darde ses flocons
la pluie brûle la peau
le brouillard ouvre des horizons bleus
que le langage ne peut nommer
plus purs que l'air
plus liquides que l'eau
remplis de plus de bruissements que la forêt boréale
il y aura des cendres
des nuages de douleur pour secouer le cœur
le maintenir en cette vie qui n'est pas de la tarte en forme de soleil
le vent fou charrie des particules embryonnaires de destins
des semences sur une île en équilibre par la gravité de vivre entre deux planètes
*
le vent fou démonte la mer torture une rivière berce l'île
caresse de semis que les jours nommeront peut-être
la lave durcie se couvre d'herbe douce
mais pas avant que le gel ne la fende et que des arbres y germent
une pointe de tarte vagabonde dans les cieux
se lève se couche
ballotte un sablier sur la plage
*
le vent fou a apporté des herbes folles
deux arbres surgissent parmi elles
parfois leurs feuilles se frémissent
leurs ombres s'entremêlent
dans les fantaisies des tartes sauvages qui hantent les voûtes trop bleues
un jour leurs branches seront chargées
d'inventions qui auront des noms de fruits
fidèles à leurs racines
ancrées dans le noyau dur de la tendresse
FEU DE FORÊT
étincelle fractionnée pour grandir en flammes
une âme naît de feue flammèche
retourne à la nuit bouche issue nourricière
un cycle de siècles assiège la vie
désarroi est mort vive le roi
l'enfant vivra en toi
par ses yeux qui te renvoient à ton image
aux paysages figés d'éternel
à la meuble constante du changement
au souvenir rempli d'atavismes et de culture somme toute humaine
*
renaît avec toi
une tache de naissance douloureuse
pour désapprendre ce que le futur évoque
vivre le présent délié du passé
sans le pli des fers
l'échine droite parmi les cristaux de miroir
en un cadre vide pour ton visage sans teint
le chemin écume les intersections
se gondole sur le granit de l'éphémère
*
à la croisée un arbre des arbres une forêt
la mousse sur le tronc indique parfois le sud
car le soleil aura chauffé les fûts
de la semence aux ramilles à la semence
ber vert chaleur et chaîne alimentaire
tu prendras racine sur cette branche tu seras branche
tu deviendras un arbre
la vie t'équarrira te cisèlera te sculptera te planera te débitera
selon un destin concentrique sur le tronc commun
jusqu'à ce que tu laisses des feuilles mortes sous tes pas
alors viendra le feu
*
étincelle fractionnée pour grandir en flammes
une âme naîtra de feue flammèche
POSTCOMBUSTION
cendres
braises
le passé et l'entropie de l'avenir
sous un écran âcre
ciel en miroir
brumes matinales
aube rouge
volutes au sol, en l'air
terre chaude parcourue de vermeille
ce pourrait être la lave
en trace de pas
de ton volcan interne
comme les soubresauts moribonds
de cet incendie
du feu tu tires chaleur
lumière
une purification lascive
dans la fumée :
elle danse aux échos des hurlements de sirène
*
il y a des récifs
dans une forêt rasée
rocs trop lourds
même pour des racines
une faille
de l'eau
et une ère glaciaire
jamais la roche ne se fend à la chaleur
ramasse le morceau
qui tient le mieux dans ta main
jusqu'à la moindre ligne vagabonde
sur ta paume
la suite est
à un jet de pierre
*
le caillou écorche l'écorce
fait des ronds dans une mare
troue une feuille
arrache une pousse
écrase un insecte
parabole à travers
un zeste
de vapeurs refroidies
supportent ralentissent
le grain minéral
qui parcourt ton globe oculaire
*
tes cils battent
changent le destin
arbre ou coléoptère
rien n'est à l'abri
tes faux-pas dans la fougère
comme une bulle de vide
attirent à toi
tout ce qui est léger
et l'attraction t'emporte
vers tout ce qui est plus lourd
MÉCANIQUE CÉLESTE
De ta fenêtre, à quoi te font penser les arbres quand ils s'élèvent plus haut que le silence ?
Paul Chanel Malenfant, DU SEUL FAIT D'EXISTER
sur un temps pesant
tu t'envoles vers
ce soleil
d'or
de plomb
d'uranium
ce clinquant ensoleillé t'aspire
*
en chemin ton regard
- défilent
amas cendreux lunaires
bouillonnement inhumain au cœur de la galaxie
constellations en organigrammes
traces furtives de technologie -
capte le vide en rotation sur lui-même
rien pour l'homme ici
seulement des manifestations violentes
un feu
à une autre échelle
que tu redescends vite
*
le vent solaire voile tes yeux
paupières soudées
larmes en ébullition derrière
cire fondue
aux rayons cosmiques
ailes envolées au loin
fesses serrées
oreilles taillées - serpe stellaire
peau brunie - lampe solaire
sortie de ton propre moule
une silencieuse statue de bronze
dépourvue d'ouverture d'aspérité
rentrée atmosphérique
sans cône d'ablation
(à suivre…)
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